Jazz in Marciac : Kool & The Gang, quand le funk retrouve la mémoire du jazz

Robert « Kool » Bell à la basse avec Kool & The Gang lors de la soirée du 4 août à Jazz in Marciac 2026.
Le 4 août, Jazz in Marciac consacre une soirée aux circulations de la musique afro-américaine. Avec Kool & The Gang, le festival accueille une formation dont l’histoire commence dans le jazz avant de traverser le funk, la soul, le R&B et le disco. À la basse, Robert « Kool » Bell demeure le seul membre originel encore présent après plus de soixante ans : une continuité humaine qui donne à cette rencontre avec Marciac une dimension particulière.
À Marciac, le jazz n’est jamais seulement une affaire de genre musical. Il est aussi une histoire de filiations, de rencontres et de transformations.
Ce mardi 4 août, cette histoire prend les couleurs du funk. À partir de 23 heures, Kool & The Gang monte sur la scène de Jazz in Marciac avec un répertoire qui appartient depuis longtemps à la culture populaire mondiale.
Celebration, Jungle Boogie, Ladies’ Night, Get Down On It, Fresh ou Cherish ont accompagné plusieurs générations. Derrière ces succès se trouve pourtant une trajectoire qui commence bien avant les années disco et les refrains planétaires.
Elle commence avec de jeunes musiciens de Jersey City et avec le jazz.
Avant Kool & The Gang, il y avait les Jazziacs
Au début des années 1960, Robert Bell, son frère Ronald et leurs compagnons jouent sous différentes formations, dont les Jazziacs.
Le nom raconte déjà une partie de leur histoire.
Le jazz constitue alors un terrain d’apprentissage et d’expérimentation. Les instruments dialoguent, les rythmes évoluent et les cuivres occupent progressivement une place essentielle. Cette matrice accompagnera le groupe lorsqu’il prendra le nom de Kool & The Gang et développera une identité plus largement tournée vers le funk.
La transformation ne signifie pas l’effacement des origines.
Au contraire, elle illustre l’une des caractéristiques fondamentales de la musique afro-américaine : sa capacité à faire circuler les formes musicales plutôt qu’à les enfermer.
Jazz, soul, funk, rhythm and blues puis disco se rencontrent, se répondent et se transforment.
C’est cette histoire qui arrive à Marciac.
Robert « Kool » Bell, une présence qui traverse les décennies
Les formations musicales vivent rarement soixante ans sans connaître de profondes transformations.
Kool & The Gang ne fait pas exception.
Des musiciens ont quitté le groupe, d’autres sont arrivés. Plusieurs membres historiques ont disparu. Les époques musicales ont changé, tout comme les publics et les façons d’écouter la musique.
Robert « Kool » Bell demeure.
Bassiste, cofondateur et dernier membre originel encore présent dans la formation, il constitue le lien humain entre les débuts à Jersey City et Kool & The Gang en 2026.
Cette permanence donne une autre signification à sa présence sur la scène de Marciac.
La basse qu’il tient aujourd’hui appartient à la même histoire musicale que celle qui accompagnait la construction du groupe avant son succès international.
Elle est aussi au centre de son langage.
Dans le funk, la basse ne reste pas simplement à l’arrière-plan. Elle construit le mouvement. Elle dialogue avec la batterie, donne son assise au morceau et permet aux cuivres et aux voix de se déployer.
Chez Kool & The Gang, elle fait partie de cette mécanique immédiatement identifiable qui transforme une mélodie en groove.
Les cuivres, une signature devenue mondiale
Il suffit souvent de quelques mesures pour reconnaître Kool & The Gang.
Les cuivres entrent avec force, la section rythmique installe son mouvement et les voix prennent le relais.
Cette architecture traverse différentes périodes du groupe.
Jungle Boogie porte l’énergie du funk des années 1970. Ladies’ Night marque une autre étape dans son évolution. Celebration devient un hymne international tandis que Get Down On It impose à son tour un rythme immédiatement associé à la danse.
Le succès commercial aurait pu enfermer Kool & The Gang dans une époque.
Il a produit l’effet inverse.
Les morceaux ont continué à circuler. Ils sont entrés dans les fêtes, les films, les radios, les clubs et les nouvelles cultures musicales. Des fragments de cette musique ont également trouvé une nouvelle existence à travers le sampling et le hip-hop.
En octobre 2024, l’intronisation de Kool & The Gang au Rock & Roll Hall of Fame est venue consacrer cette empreinte laissée sur plusieurs décennies de musique populaire.
Mais à Marciac, cette histoire ne se présente pas sous la forme d’une exposition.
Elle se joue.
Marciac, un festival qui fait circuler les musiques
Accueillir Kool & The Gang dans un festival de jazz pourrait sembler, à première vue, témoigner d’un élargissement vers la musique populaire.
L’histoire musicale raconte quelque chose de différent.
Le funk appartient à une généalogie dans laquelle le jazz occupe une place fondamentale. Soul, gospel, blues, rhythm and blues et jazz ont nourri des générations de musiciens afro-américains qui ont ensuite fait évoluer leurs propres langages.
Jazz in Marciac offre précisément un espace où ces filiations peuvent devenir visibles.
L’identité du festival repose sur le jazz, mais sa programmation permet depuis longtemps d’observer ce que cette musique produit lorsqu’elle rencontre d’autres univers.
L’édition 2026 poursuit cette ouverture.
Des artistes appartenant à différentes générations et traditions se succèdent à Marciac, faisant du festival un lieu où l’histoire du jazz côtoie ses prolongements contemporains.
La soirée du 4 août en fournit une illustration particulièrement lisible.
Avant Kool & The Gang, Brooklyn Funk Essentials apporte également son mélange de funk, jazz, soul et hip-hop.
La soirée construit ainsi un passage entre plusieurs générations du groove.
Une musique afro-américaine devenue patrimoine populaire
L’histoire de Kool & The Gang permet aussi de mesurer la manière dont une musique née dans un environnement culturel précis peut devenir universelle sans perdre complètement la trace de ses origines.
Le groupe naît à Jersey City dans une Amérique où les musiciens afro-américains transforment profondément la musique populaire.
Quelques décennies plus tard, ses chansons sont jouées dans le monde entier.
Cette diffusion ne gomme pas leur histoire.
Elle montre au contraire la puissance d’une culture musicale capable de franchir les frontières sociales, géographiques et générationnelles.
À Marciac, dans le Gers, cette circulation devient presque tangible.
Des morceaux créés aux États-Unis plusieurs décennies auparavant retrouvent un public français composé de générations différentes. Certains ont connu leurs sorties originales. D’autres les ont découverts beaucoup plus tard, parfois sans connaître l’histoire du groupe qui les interprète.
Le concert rassemble ces mémoires.
Un festival ne conserve pas le jazz en l’immobilisant
C’est peut-être là que la présence de Kool & The Gang prend tout son sens dans l’édition 2026.
Faire vivre le jazz ne consiste pas uniquement à préserver son répertoire historique.
Il faut également entendre ce qu’il a engendré.
Le funk fait partie de cette descendance. Le hip-hop en a ensuite repris des rythmes, des fragments et des textures. Le R&B contemporain continue lui aussi de porter des traces de ces circulations.
En accueillant Kool & The Gang, Marciac ne quitte donc pas nécessairement son territoire.
Le festival en explore une ramification.
Et Robert « Kool » Bell en constitue un témoin rare : un musicien qui a connu le jazz des débuts, participé à l’émergence du son funk du groupe, traversé son immense période populaire et continué à monter sur scène lorsque plusieurs de ses compagnons historiques avaient disparu.
De Jersey City au Gers, le même fil musical
À 23 heures, lorsque Kool & The Gang prend possession de la scène, plus de soixante ans séparent le concert de ses premières répétitions américaines.
Entre les deux se trouvent des albums, des tournées mondiales, des changements de musiciens, des succès internationaux et plusieurs transformations de la musique populaire.
Pourtant, un fil demeure.
Il passe par la basse de Robert Bell.
Et ce 4 août, il rencontre un autre fil : celui que Jazz in Marciac déroule depuis sa création en faisant du jazz une musique capable de conserver son histoire tout en dialoguant avec ce qu’elle a contribué à faire naître.
Robert « Kool » Bell, mémoire vivante de plus de soixante ans de Kool & The Gang, rencontre à Marciac un festival qui place le jazz au cœur du dialogue avec les musiques afro-américaines.
















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Gabriel MIHAI
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Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.
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