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Le Mas-d’Azil : là où une rivière a ouvert la montagne aux hommes

Dans le massif du Plantaurel, l’Arize traverse une grotte monumentale devenue l’un des grands sites de la Préhistoire européenne et le berceau du nom « Azilien ».
Arize traversant la grotte du Mas-d’Azil sous le massif du Plantaurel en Ariège

L’Arize traverse la grotte du Mas-d’Azil avant de poursuivre son cours à travers l’Ariège.

En Ariège, l’Arize ne contourne pas la montagne : elle la traverse. Sous le massif du Plantaurel, son parcours a contribué à façonner une cavité monumentale devenue successivement refuge, habitat préhistorique, lieu de création, terrain de recherche archéologique et passage contemporain. Au Mas-d’Azil, l’histoire humaine commence par une histoire d’eau et de roche.

Avant de chercher les hommes, il faut suivre la rivière.

L’Arize arrive au pied du massif et disparaît sous un porche dont les dimensions bouleversent immédiatement les repères.

En entrant dans la grotte du Mas-d’Azil, l’eau poursuit son cours sous la montagne. Une route l’accompagne aujourd’hui dans une partie de cette traversée.

Le spectacle peut donner l’impression d’un gigantesque tunnel.

Mais ce tunnel n’a pas été construit pour nous.

Il appartient d’abord à la géologie.

L’Arize avant l’archéologie

Le Mas-d’Azil se situe dans le massif du Plantaurel, dans un secteur profondément marqué par la formation des Pyrénées.

Les couches calcaires et marneuses ont été plissées et déformées. Dans ce relief, les cours d’eau ont dû trouver leurs propres chemins, alternant vallées ouvertes, changements de direction et traversées de formations rocheuses.

L’Arize en est l’une des expressions les plus spectaculaires.

La rivière pénètre dans le massif et le traverse sous terre.

Au porche sud, l’ouverture atteint environ 70 mètres de hauteur et 50 mètres de largeur. (grotte-du-mas-d-azil.arize-leze.fr)

Ces dimensions racontent déjà une histoire.

Une histoire qui commence bien avant Homo sapiens.

Quand une cavité devient un refuge

Une grotte aussi vaste ne reste pas sans habitants.

Les vestiges retrouvés témoignent d’abord d’une faune ancienne. Puis viennent les occupations humaines.

Mais il serait trompeur d’imaginer une installation unique et continue.

Le Mas-d’Azil est fait de présences successives.

Des recherches archéologiques contemporaines ont notamment mis en évidence des niveaux aurignaciens remontant à environ 35 000 à 33 000 ans, ainsi que des occupations magdaléniennes beaucoup plus récentes. (inrap.fr)

Entre ces périodes, le climat change.

Les paysages évoluent.

Les populations changent.

Les usages de la grotte aussi.

L’eau continue pourtant son chemin.

Une rivière, deux rives, plusieurs histoires

La présence de l’Arize n’est pas un simple élément de décor.

Elle divise physiquement une partie du réseau et accompagne l’histoire même des recherches archéologiques.

Les archéologues parlent ainsi régulièrement de rive droite et de rive gauche.

Ces deux espaces ont livré des informations différentes et ont été explorés à différentes périodes.

À la fin du XIXe siècle, Édouard Piette travaille notamment dans la « caverne d’amont » sur la rive droite, avec la future Salle Piette et la Rotonde. Il y découvre une importante quantité d’œuvres d’art mobilier réalisées sur os et bois de renne.

Puis il se tourne vers la rive gauche.

Et c’est là que le Mas-d’Azil va entrer dans l’histoire mondiale de la Préhistoire.

L’Azilien naît d’une différence

Piette observe quelque chose.

Les vestiges qu’il étudie ne correspondent plus exactement au monde magdalénien.

Mais ils n’appartiennent pas encore au Néolithique.

Il distingue alors une culture intermédiaire.

À partir de ses travaux de 1889, il lui donne un nom directement inspiré du site :

l’Azilien.

Ce geste scientifique change la portée du Mas-d’Azil.

Le nom d’un lieu géographique devient celui d’une culture préhistorique.

Les galets peints constituent aujourd’hui l’une de ses expressions les plus connues, même s’ils ne résument évidemment pas à eux seuls toute la complexité de l’Azilien. (grotte-du-mas-d-azil.arize-leze.fr)

Le territoire ariégeois entre ainsi dans la chronologie scientifique de la Préhistoire européenne.

L’eau sépare, les hommes circulent

Cette opposition entre les deux rives révèle quelque chose de plus profond.

Le Mas-d’Azil n’est pas une salle unique.

C’est un réseau.

Des galeries se prolongent dans la montagne. Certaines ont été occupées. D’autres portent des œuvres pariétales. Certaines sont aujourd’hui inaccessibles au public.

Les Magdaléniens ont investi plusieurs de ces espaces.

Dans la Galerie des Silex, les recherches des époux Péquart ont révélé une couche archéologique pouvant atteindre 40 à 60 centimètres d’épaisseur. La faible hauteur disponible montre que les occupants devaient parfois se déplacer courbés, accroupis ou à genoux.

Ce n’était donc pas seulement un lieu que l’on traversait.

Des humains y organisaient une partie de leur vie.

Créer sous la montagne

La présence humaine prend une autre dimension lorsque surgit l’art.

Le Mas-d’Azil a livré des objets travaillés avec une maîtrise technique et artistique remarquable : harpons, parures, objets gravés ou sculptés et œuvres réalisées sur matières animales.

Le célèbre Faon aux oiseaux, propulseur magdalénien en bois de renne, en constitue l’un des exemples emblématiques. (grotte-du-mas-d-azil.arize-leze.fr)

Mais l’art ne se limite pas aux objets transportables.

La montagne elle-même devient support.

En 1902, Henri Breuil découvre les premières gravures pariétales identifiées dans la grotte. Dix ans plus tard, Henri Bégouën et ses fils découvrent un important ensemble pariétal dans le vestibule de ce qui deviendra la Galerie Breuil.

La roche qui avait fourni un abri devient également une surface d’expression.

Un visage surgit du passé

Parmi toutes les découvertes du Mas-d’Azil, certaines établissent un rapport plus immédiat avec ceux qui ont vécu ici.

En 1948, Joseph Mandement met au jour un crâne humain isolé dans le secteur de la Salle Piette, dans un espace désormais appelé Galerie du Crâne.

Ce vestige est attribué au Magdalénien.

Il rappelle une évidence parfois masquée par les classifications scientifiques, les outils et les datations :

derrière les cultures préhistoriques se trouvaient des individus.

Des êtres humains qui entraient dans ces galeries, observaient les mêmes parois et entendaient, eux aussi, l’eau circuler dans la montagne.

Puis les hommes modernes déplacent la roche

Des millénaires passent.

Le rapport à la grotte change encore.

Au XIXe siècle, l’enjeu n’est plus d’habiter sous la montagne mais de mieux circuler à travers elle.

Entre 1853 et 1877, les travaux liés à l’aménagement routier provoquent d’importants terrassements.

Et ces travaux ont une conséquence inattendue : ils font apparaître des vestiges anciens et participent au développement des premières recherches sur le site.

La modernité rencontre alors littéralement la Préhistoire.

En ouvrant la voie au présent, les travaux révèlent le passé.

La grotte devient laboratoire

À partir de là, plusieurs générations de chercheurs se succèdent.

Piette fouille et classe.

Breuil observe l’art pariétal.

Bégouën explore.

Mandement parcourt le réseau pendant plus de vingt ans.

Marthe et Saint-Just Péquart étudient les occupations magdaléniennes et la Galerie des Silex.

Puis viennent les recherches contemporaines.

Et malgré plus de 150 ans d’exploration archéologique, le réseau n’est pas considéré comme définitivement compris.

C’est peut-être l’une des caractéristiques les plus fascinantes du Mas-d’Azil.

Plus on cherche dans la montagne, plus sa chronologie s’enrichit.

Ce que la rivière voit passer

Aujourd’hui, le visiteur entre dans un lieu où plusieurs histoires restent présentes simultanément.

Il y a la rivière.

Il y a la route.

Il y a les galeries.

Il y a les traces des animaux.

Celles des populations préhistoriques.

Les œuvres.

Les fouilles.

Et les visiteurs.

La grotte est classée au titre des Monuments historiques depuis 1942, en raison notamment de son importance archéologique et de son art pariétal. (pop.culture.gouv.fr)

À proximité, le Musée de la Préhistoire permet de prolonger la découverte à travers les collections issues du site. (pop.culture.gouv.fr)

Mais il reste une présence que l’on ne peut enfermer dans une vitrine.

L’Arize.

La première histoire du Mas-d’Azil continue

Elle était là avant les archéologues.

Avant la route.

Avant l’Azilien.

Avant le Magdalénien.

Avant les premières occupations humaines dont nous retrouvons aujourd’hui les traces.

La rivière rappelle que le patrimoine du Mas-d’Azil n’est pas seulement archéologique.

Il est aussi naturel.

La montagne a fourni la matière.

L’eau a trouvé le passage.

Les animaux l’ont occupé.

Les hommes s’y sont installés, y ont créé puis l’ont transformé.

Les chercheurs ont tenté d’en reconstruire l’histoire.

Et aujourd’hui encore, la rivière poursuit son mouvement sous la roche.

Le Mas-d’Azil relie ainsi deux temporalités presque impossibles à comparer : celle de la géologie et celle de l’existence humaine.

Entre les deux, les traces demeurent.

Car si l’eau poursuit sa route,

la montagne, elle, conserve la mémoire de ceux qui l’ont traversée.

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Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.

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