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« Dégel » : le cinéma chilien confronte l’Europe à sa mémoire politique

Présenté à Cannes, Dégel interroge la mémoire collective et les cicatrices politiques encore visibles aujourd’hui.

Jakub Gierszal, Saskia Rosendahl, Maya O'Rourke, Manuela Martelli et Maia Rae Domagala

Avec Dégel, présenté dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes 2026, la réalisatrice chilienne Manuela Martelli signe une œuvre politique et intime qui dépasse largement le seul cadre de l’histoire chilienne.

Le film se déroule en 1992, à une période charnière où le Chili tente de reconstruire son image après des années de dictature militaire. Cette période correspond aussi à un moment historique plus large, marqué par la chute des blocs idéologiques et l’installation du capitalisme comme modèle dominant à l’échelle mondiale.

À travers le regard d’Inès, une fillette de neuf ans, Dégel explore les conséquences invisibles des compromis politiques et des traumatismes historiques transmis de génération en génération.

Le récit débute dans une station de ski chilienne où Inès rencontre Hanna, une jeune sportive venue d’Allemagne. Lorsque celle-ci disparaît, l’enfant découvre progressivement les mécanismes du mensonge, du silence institutionnel et des abus de pouvoir.

Le choix de personnages allemands dans un Chili post-dictatorial n’est évidemment pas anodin. Manuela Martelli établit subtilement un dialogue entre différentes mémoires européennes et latino-américaines. Elle évoque notamment l’effondrement du bloc soviétique, la réunification allemande et la manière dont les modèles économiques occidentaux ont façonné les nouvelles démocraties.

Cette dimension géopolitique donne au film une profondeur rare.

Mais Dégel fonctionne surtout par sensations. La neige omniprésente agit comme une métaphore de la mémoire enfouie. Ce qui est gelé finit toujours par remonter à la surface.

Le film impressionne par son refus du spectaculaire. Manuela Martelli privilégie les détails, les gestes quotidiens et les silences. La violence politique n’est jamais montrée frontalement mais constamment ressentie.

Cette approche rappelle une certaine tradition du cinéma européen des années 60 et 70 que la réalisatrice revendique elle-même comme influence. Elle cite notamment L’Esprit de la ruche, Cría Cuervos ou encore Au revoir les enfants.

Le personnage d’Inès devient alors le symbole d’une génération confrontée à des vérités qu’elle ne possède pas encore les outils pour comprendre.

Le film aborde aussi les questions de domination masculine, de silence social et de transmission familiale. Selon la réalisatrice, les sociétés contemporaines commencent seulement à mettre des mots sur certaines formes de violences longtemps normalisées.

Dans le contexte européen actuel, marqué par le retour des tensions identitaires et des débats sur la mémoire historique, Dégel trouve une résonance particulièrement forte.

À Cannes, le film confirme également l’importance croissante des réalisatrices latino-américaines dans le paysage du cinéma d’auteur international.

Plus qu’un récit historique, Dégel apparaît comme une méditation universelle sur ce que les sociétés choisissent d’oublier… ou de cacher sous la neige.

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Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.

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