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Roma Elastica : un opéra queer, décadent et profondément cinéphile

Bertrand Mandico livre à Cannes une œuvre flamboyante où Marion Cotillard devient l’ultime diva d’un cinéma en mutation.

Franco Nero, Ornella Muti, Martina Scrinzi, Isabella Ferrari et Bertrand Mandico avant le photocall du film "ROMA ELASTICA" - HORS COMPÉTITION Cannes, France. ©Pierre ROIGT / IMPACT EUROPEAN

Avec Roma Elastica, Bertrand Mandico confirme qu’il demeure l’un des derniers véritables cinéastes de l’imaginaire en Europe.

À une époque où le cinéma d’auteur lui-même se normalise souvent dans des formes réalistes ou minimalistes, Mandico continue d’embrasser le baroque, le grotesque et l’onirisme.

Mais derrière la flamboyance visuelle de Roma Elastica se cache surtout une méditation mélancolique sur la disparition d’un certain cinéma européen.

Le film nous transporte dans une Rome des années 80 entièrement réinventée comme décor mental.

La Cinecittà n’est plus seulement un studio : elle devient un royaume fantomatique où survivent les ruines d’un âge d’or du cinéma italien.

Tout ici respire l’artificialité assumée.

Les décors sont visibles.

Les fonds projetés semblent volontairement faux.

Les voitures ressemblent à des accessoires abandonnés sur un plateau oublié.

Et pourtant, cette esthétique artificielle produit paradoxalement une émotion très réelle.

Marion Cotillard trouve probablement ici l’un de ses rôles les plus étranges et les plus libres.

Son personnage de star vieillissante, en train de tourner son ultime film, fonctionne comme un reflet tragique d’un cinéma européen qui refuse de mourir.

Cotillard accepte de devenir image avant d’être personnage.

Elle se transforme constamment sous nos yeux : diva glamour, créature décadente, spectre mélancolique.

Noémie Merlant apporte au contraire une énergie plus brute, plus contemporaine.

Le contraste entre les deux actrices donne au film une tension permanente entre nostalgie et modernité.

La mise en scène impressionne par sa liberté totale.

Mandico refuse toute logique classique.

Les scènes semblent parfois reliées par association d’idées plutôt que par causalité narrative.

Le spectateur dérive dans le film comme dans un rêve dont il ne contrôlerait plus les règles.

Cette approche peut dérouter.

Mais elle constitue aussi la grande force du projet.

Parce que Roma Elastica ne cherche jamais à rassurer son public.

Il cherche à le troubler.

À le déplacer.

À le faire entrer dans un état de perception différent.

Le film évoque parfois Fellini, parfois Zulawski, parfois Kenneth Anger.

Mais Mandico ne copie jamais réellement ses influences.

Il les digère pour créer un univers profondément personnel.

Le plus beau reste peut-être cette sensation constante que le cinéma lui-même continue de respirer à travers chaque plan.

Même dans le chaos.

Même dans l’excès.

Même dans la décadence.

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Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.

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